mercredi 23 novembre 2011

Interviews politiquement corrects sur Pif Gadget 2

— Bonjour François, j’aimerais te poser quelques questions, connaitre tes impressions, en tant qu’acteur majeur du retour d’un mythique Pif Gadget, qui pendant une période extrêmement difficile pour la presse, a vécu pendant cinq ans.

— Bonjour a toi, camarade Doubitchou.





— Est-ce que tu as connu Pif Gadget et/ou son ancêtre Vaillant dans ton enfance, ou ta jeunesse, et jusqu’à quel âge l’as-tu lu ?

— Quand j’étais môme, c’était ma voisine dont le père était au PC, qui était abonnée de facto a Vaillant qui me le passait, car elle, ça ne lui plaisait pas. Ça a duré jusqu’en 1966/67 si je me souviens bien.



— Sinon, quelles étaient pendant ton enfance tes publications préférées de bandes dessinées ?
Pépito, et Pippo, Akim, et Spirou et Tintin aussi, auxquels mon frère était abonné et Mickey également, qu’un autre voisin me passait. Une cousine de ma mère elle, me refilait Bayard, puis après Record… c’était très éclectique comme tu vois, j’ai vraiment eu de la chance. Puis Pilote est arrivé.

— Comment es-tu arrivé aux Éditions Vaillant, dans les années soixante-dix ?

— Par la porte de la rue des Petits Hôtels… sinon par l’intermédiaire de Michel Motti, avec qui j’avais sympathisé au SNDP, le syndicat dont s’occupait Pierre Legoff.



— Qu’est-ce que tu peux nous raconter sur cette période, les anecdotes les plus hilarantes, ou les histoires les plus révélatrices.

— Hilarantes, je ne sais pas, révélatrices non plus, car personne ne perçoit les choses de la même façon. Je me souviens qu’il y avait une cantine au sous sol, haha… sinon, qu’à part certains crétins directoriaux, c’était assez bon enfant… ça a vraiment été ma famille pendant presque vingt ans.



— Toujours dans les années soixante-dix, sans parler du « studio Pif », beaucoup de jeunes dessinateurs arrivaient à la rédaction, avec qui tu as liées de fortes amitiés. Avant de parler d’eux, quels sont les scénaristes et dessinateurs anciens, que tu as connus et appréciés. En est-il un, particulièrement marquant ?
— Cézard… c’est le premier que j’ai rencontré, en arrivant la première fois a la rédac… Nortier, Gillon, Gaty, Lecureux, Chéret, Mas et d’autres, que j’oublie et surtout, surtout Jean-Claude Poirier, trop tôt disparu… et ceux qui sont devenus mes amis, Jean Ollivier, René Moreu, et le très cher Kline.



— Au milieu des années quatre-vingt, Anne-Marie Schropff, nouvelle responsable des bandes dessinées, fraichement arrivée de Métal Hurlant,  et parce qu’elle prenait à cœur son travail, avait organisé, à l’occasion de la conception d’un numéro Spécial Premier Avril, une réunion avec la plupart des auteurs. En discussion avec une responsable du magazine (que je nommerai pas), j’avais parlé de ma joie de rencontrer, enfin, mes collègues et qu’il serait bien de recommencer. Elle ne partageait pas ma joie et trouvait que les dessinateurs sont des gens qui préfèrent vivre seuls et qui n’aiment pas se rencontrer. Comme je sais que tu pensais le contraire et que tu voyais beaucoup de collègues, racontes-moi comment tu avais réussi.

— Ta « responsable » ça devait être Nicole Marliac. Réussi à rencontrer des collègues tu dis ? Et comment ? Beaucoup par le biais du syndicat déjà cité, Arnao, Massard, Parras que j’aimais énormément, Ribera et surtout Claude Marin qui était vraiment tout pour moi et dont je regrette la présence chaque jour… et puis au fur a mesure, par affinités et je ne sais quoi d’autre…



— Qu’est-ce que tu peux me raconter de plus intéressant, sur la fin du Pif Gadget «historique», en 1993 ?

— Rien en fait, si ce n’est que comme d’habitude les dessinateurs et scénaristes furent les derniers informés des trous dans la coque du navire et que certains membres de la direction s’étaient accordés juste avant de conséquentes pour ne pas dire pharaoniques augmentations… ce qui explique peut être cela.



— Tu fus un des principaux acteurs du retour de Pif Gadget, en 2004, peux-tu nous parler en deux mots, de ces débuts.

— C’est grâce, ou à cause de Jean Ollivier, que je me suis retrouvé  embarqué la dedans, sous la houlette de Patrick Appel-Muller. Ce fut vraiment malgré tout, une belle aventure…



— Quels ont été les projets que tu avais, qui ont réussi et quels sont ceux qui pour des raisons diverses n’ont pas abouti.

— Le projet principal c’était surtout de faire un journal qui se tienne et de le consolider petit à petit par un retour progressif de dérivés, type parade, ou poche pourquoi pas, histoire de renouer avec une tradition… pour le reste…



— Tu as découvert la plupart des auteurs publiés dans Pif Gadget. Est-ce qu’il y a des exceptions ?

— Découvert, non… certains avaient déjà négocié leur participation et ils m’ont été dirons nous, amicalement imposés… d’autres comme Herlé, ou Barison, ou Cavazzano, ou Godard étaient pour moi une évidence… et puis il y a ceux que je suis allé chercher comme les Totos, Cèbe, Mazyn, Verdier, O’Groj, Tarrin, et Mathilde Domecq que m’a présentée Herlé. Il n’y en a que deux qui m’ont planté vraiment et c’est dommage, Yannick et Bianco, qui aurait voulu que le journal s’appelle Hot Dog gadget.

— Comment as-tu fait pour connaître ces nombreux auteurs et découvrir de nouveaux talents ?
— En faisant simplement mon boulot je crois, tout ça vient d’un intérêt pour le travail des autres, après ça suit, ou pas.



— Qu’est-ce que tu penses des magazines complémentaires, Glop-Glop et Tout à lire, était-ils arrivés trop vite, les voyais-tu tels qu’ils ont été faits ?

— Tout à Lire était un rachat, avec un bagage déjà lourd, alors que Glop Glop était une création. Glop Glop avait ma préférence, mais économiquement, je continue à penser qu’ils sont arrivés trop tôt.



— Pareil, que penses-tu de la collaboration avec TF1 Vidéo et la publication d’une collection d’albums Pif Gadget ?

— Pour ces albums, je n’étais pas d’accord non plus et la suite a prouvé que j’avais raison… surtout avec des maquettes aussi laides et un marchand de bugnes du côté TF1 éditions.



— Pour revenir à Pif Gadget proprement dit, que penses-tu de son contenu, le long de grosso-modo deux formules, du rapport BD - magazine ? Y voyais-tu des éléments à améliorer ?

— Tout est améliorable, mais je dois l’avouer j’ai toujours milité pour plus de BD.

— Est-ce que pour toi il y a une baisse d’intérêt pour la BD, surtout la BD magazine (presse), qui a contribué à la disparition de notre magazine préféré ? Est-ce qu’il y a une remise en question à faire pour la presse en général et pour la BD en particulier ?

— Baisse d’intérêt sous cette forme là, je ne sais pas, diversifications de l’intérêt sans doute. Je trouve juste dommage la disparition des journaux, car ça permettait a ceux qui arrivaient, de se faire les dents en étant payés, même un peu, plutôt que de se faire entuber en faisant un album entier, en ne se faisant pas payer du tout.



— Penses-tu que d’autres raisons ont contribué à cette nouvelle disparition et s’il y avait une solution pour les éviter ?

— On va dire aussi que c’est la crise la fautive… c’est plus facile et plus correct comme ça… une raison ??? Une gestion hasardeuse … une solution ??? Sans doute, mais c’est trop tard pour en parler.



— Nous sommes bien nombreux à être attristés par la disparition du cabot, est-ce que nous le verrons bientôt ?

— Je ne vois pas pourquoi tu me poses la question, puisque tu le sais déjà… oui, à partir du 24 novembre dans le quotidien et du 3 décembre dans l’hebdo il entame une nouvelle vie en couleur dans l’Humanité.





— C’était pour que tu nous l’annonces, merci François.
— Merci a toi camarade Doubitchou.

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