lundi 3 octobre 2011

Interviews politiquement corrects sur Pif Gadget 1


Aujourd’hui il y a une forte demande de politiquement incorrect. Nous allons procéder différemment.
Fred Coupechoux est un personnage de l’«ombre» de Pif Gadget. Il ne fait pas partie des dessinateurs et scénaristes de bandes dessinées, des «stars» qui se retrouvent sous les feux de la rampe des lecteurs passionnés par le sujet. Fred est un journaliste-maquettiste qui a travaillé sur la dernière formule de Pif Gadget, 2004-2009. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour cette interview.



 — Bonjour Fred, c’est pour commencer avec toi, si tu le veux aussi, une série d’interviews, qui va s’appeler «Interviews politiquement corrects sur Pif Gadget». Par ce titre, volontairement rigolo, j’entends comprendre le phénomène Pif Gadget, de ce qui fonctionnait, de ce qu’il aurait été souhaitable de faire en plus, pour que ce magazine que nous aimons, continue, de connaitre ton point de vue et celui de beaucoup de personnes qui suivront, je le souhaite, et ce sans essayer à trouver des coupables.
— Bonjour Mircea, ce ne sera vraiment pas facile, mais allons-y. (rires dans l’assistance)

— Est-ce que tu as connu Pif Gadget et son ancêtre Vaillant dans ton enfance, dans ta jeunesse, et jusqu’à quel âge l’as-tu lu ?
— D’abord Vaillant, j’ai toujours vécu avec Vaillant quand j’étais petit, Vaillant et puis après, Pif Gadget. Je l’ai lu jusqu’à 13, 14 ans. Après, quand ça a changé, je ne l’ai plus lu, j’étais ado.
— Est-ce que tu as remplacé Pif par un autre journal de bandes dessinées ?
— Non, Vaillant et Pif c’était culturel dans ma famille. A chaque Noël j'avais droit à Vaillant, les grands albums, les recueils. Et en plus, ça allait avec le côté militant de mon père, qui vendait l’Huma Dimanche avec Vaillant, Pif . Quand on était gamins, c'était bien ciblé et assez radical il y avait PifVaillant d'un coté, celui des prolos et des gens de gauche, laïcs et progressistes et de l’autre il y avait Cœurs Vaillants, Tintin pour les réactionnaires et les cathos petits bourgeois…
— Est-ce que tu as distribué Vaillant ?
— Non, pas Vaillant, mais Pif, en vente militante, plus tard, quand j’étais militant (limite garde rouge).
Pif Gadget ?
— Oui, Pif Gadget, on le vendait avec l’Huma Dimanche.
— Bien, avant de parler de la période ou tu a travaillé à la rédaction, je sais que tu as eu une expérience dans la presse. Peux-tu nous en parler ?
— Oui, j’ai travaillé à plusieurs endroits, les Éditions Mondiales, qui faisaient plusieurs publications, dont Télé Poche, après j’ai bossé dans des boîtes, où l'on montait plusieurs magazines. Ma meilleure expérience a été de travailler à l’Événement du Jeudi, c’était d’abord une bonne boîte et c’était intéressant de bosser dans un canard d’actualités. Après, malheureusement, ils ont vendu la fabrication à une boîte privée, et nous continuions à monter des canards (L'événement, Femme actuelle…) mais l'ambiance était différente et le travail moins intéressant. Je suis arrivé à Pif comme comme pigiste d’abord, et là c'était complètement différent et nouveau pour moi.
— Comment est-tu rentré à Pif ?
— Par un ami que j’avais fait embaucher par connaissance et qui m’a fait embaucher ensuite à son tour. Et j’étais donc là depuis le numéro 1, quand le journal a été relancé. C’était une chose complètement nouvelle pour moi, car je ne connaissais pas du tout ce monde de la BD.

— Parlons maintenant de Pif Gadget, la partie principale de notre interview… que ressentais-tu dans ce travail à la rédaction, qu’est-ce que tu aimais le plus dans les bandes dessinées, dans la partie magazine qui se voulait éducative et au final, qu'aurais-tu ajouté ou changé pour l’améliorer.
— En gros je ne connaissais rien à ce monde, je ne suis pas un amateur de BD, donc j’ai découvert cet univers, que je ne connaissais pas. Et j’avoue que ça m’a intéressé, c’était inédit, le fait de rencontrer des dessinateurs, des auteurs, qui, entre autres, ne sont pas tous aussi sympathiques, qu’on pourrait le croire.
— Quelles étaient tes préférences dans les bandes dessinées, pour le graphisme, les scénars, en dehors des personnes, peux-tu me citer une bande dessinée que tu aimais particulièrement ?
— Oui, entre autres, Lobo Tommy de Herlé, Jean-Paul Farte de Steve Baker (aujourd’hui La vie en slip, publié dans Spirou et édité en albums aux Éditions Dupuis - NDLR) que nous aimions tous les deux, aussi pour ses étonnantes mises en couleurs, Banc d’essai des Totos Brothers, Bibop et Loula de Arnaud Hilmarcher, un style très novateur, et enfin Les Robinsons, de Fiquet et Bordeleau, en fait, les trucs les plus déjantées ! Et j’aimais bien le singe (Marshal Monk) de Vincent Fourneuf, Mathilde Domecq a fait des illustrations géniales pour Glop Glop.
— Parlons aussi de la partie magazine. Tu faisais partie de ceux qui étaient favorables à l’existence d’un magazine à l’intérieur d’une publication de bandes dessinées. Quel est ton impression sur ce que nous avons fait et penses-tu que nous aurions pu l'améliorer ?
— Nous avons réussi à faire, surtout au début, des choses tout à fait intéressantes, peut-être un peu touffues à mon goût. Je ne sais pas si nous avons réussi à cibler le lectorat, que nous nous sommes proposés. C'était bourré de bonnes idées humanistes, mais le message politique (que j'arrivais souvent à soutenir), était les trois quarts du temps d’une lourdeur évidente (par exemple les articles sur la Palestine), qui ne pouvait correspondre à un lectorat qui avait douze, ou quatorze ans.
Si dans la première période ces choses-là existaient bien, il y avait des choses très intéressantes, comme la nouvelle du mois, les reportages sur les enfants du monde, les critiques ciné, livres… dans la deuxième période, quand la pagination a baissée et que le magazine était en cahier central, sur un nombre de pages restreints, là, c'était tout et n'importe quoi, le travail rédactionnel était bâclé (sauf quand on s'adressait à de vrais journalistes venus de l'extérieur), les interviews de vedettes étaient convenus, racoleurs, et la partie magazine ne correspondait plus à nos lecteurs.
— Donc, ce qu’il aurait fallu, c’est des journalistes, alors que nous, nous étions en fait une équipe très réduite.
— Exactement, par exemple les articles de Christel Trinquier, professionnels, avait une autre gueule, que les trucs faits à la va-vite sur un bureau. La partie magazine n’était plus faite d'une manière professionnelle.
— Avais-tu des idées pour améliorer la formule ?
— Oui, pas moi spécialement, mais l'équipe restante. Nous avions un tas d'idées pour améliorer ce journal, que nous aimions tous, en faire un journal vivant, pour véritablement s’intéresser et intéresser nos lecteurs, mais nous n’avons jamais été écoutés, et n'avons jamais rien pu mettre en œuvre et puis le canard a coulé… 
En étant politiquement correct : tout ça, c'est un énorme gâchis.
— Merci Fred.
— De rien Mircea.


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