vendredi 30 août 2019

L’Art expliqué aux nuls




De la blague monochrome à la caricature de l’art abstrait

Raphaël Rosenberg

En 1882, à l’occasion de la première « Exposition des Arts incohérents », les Parisiens pouvaient admirer un tableau noir entouré d’un cadre doré, ouvre du poète Paul Bilhaud (1854-1933) intitulée Combat de nègres dans une cave pendant la nuit. Cette ouvre monochrome a beaucoup stimulé Alphonse Allais (1854-1905). En 1883, dans la deuxième exposition des Arts incohérents, celui-ci expose un bristol sans tache ni trait, portant le titre Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige. En 1884, lors de la troisième exposition de ce groupe, fait suite son tableau monochrome rouge : Récolte de tomates sur le bord de la Mer Rouge par des cardinaux apoplectiques. Enfin, en 1897, Allais publia l’Album Primo-Avrilesque, qui contient deux introductions pathético-comiques, sept reproductions de peintures « monochroïdales », ainsi que la « Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd », un « Lento rigolando » de vingt-quatre mesures remplissant deux pages sans une seule note, et où les musiciens devront « uniquement s’occuper à compter des mesures ». Les biographes d’Yves Klein ont découvert ce livret dans les années 1970 et se sont demandé si le peintre niçois, décédé en 1962, avait connu l’ouvre monochrome de Allais. La différence entre le blagueur Allais et le peintre Klein, très conscient de sa mission, est nette et je ne crois point que Klein ait eu besoin de passer par Allais pour arriver à la monochromie. De même, je ne crois pas que John Cage ait connu la marche funèbre de Allais lorsqu’il composa en 1952 sa très semblable pièce muette 4’33’’ !






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire